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    les chocs répétés ont un impact sur le cerveau

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    Bruno
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    les chocs répétés ont un impact sur le cerveau

    Message  Bruno le Sam 25 Fév - 9:19

    les chocs répétés ont un impact sur le cerveau

    Le sport, c'est la santé. Sauf qu'un ballon sur le crâne, un placage au sol et un uppercut, ça fait non seulement mal sur le coup, mais ça peut causer, surtout quand c'est fréquent, des dégâts irréversibles au cerveau. Explications assorties d'un message de prévention de Philippe Decq, expert commotion auprès de la commission médicale de la Fédération française de rugby.

    Une étude a mis en évidence les risques sur le cerveau que fait courir la pratique du football professionnel. Il n’y a pas que la boxe qui abîme la matière grise des sportifs. Des études expérimentales ont démontré que les "têtes" des footballeurs, notamment pour les arrières, qui redirigent avec la tête le ballon dégagé le goal de l’équipe adverse, sont très dangereuses. Ces gestes provoquent des commotions cérébrales, de véritables traumatismes crâniens.

    Presque tous les sports sont concernés. Notamment parce que ces troubles du fonctionnement du cerveau ne sont pas seulement provoqués par un choc directement à la tête. En rugby par exemple, un placage très rapide peut causer des dommages au cerveau, et ce sans que la tête du joueur plaqué ne rencontre un obstacle. Car la retransmission de la puissance du placage sur le corps fait bouger le cerveau dans la boîte crânienne. Et là, ce sont toutes les cellules du cerveau qui sont abîmées.

    Pas aussi visible qu’une fracture ouverte



    Conséquence : soit, dans 10 à 15% des cas, le cerveau ne fonctionne plus, tout s’éteint, c’est la perte de connaissance ; soit le cerveau fonctionne mal, ce qu’on peut constater par des maux de tête persistants, des troubles de la mémoire, de l’équilibre, de la vue, l’incapacité à exécuter deux tâches à la fois, à être vigilant. Les joueurs ont ainsi la sensation d’être dans le brouillard.

    Si le joueur est au sol pendant le match, le diagnostic est vite posé. Mais lorsqu’il ne perd pas connaissance, le trouble peut passer inaperçu et le joueur reprendre le jeu, minorant les effets du choc qu’il a reçu.

    Dans le milieu professionnel, les impératifs financiers et les enjeux de la compétition sont tels qu’il est parfois difficile de sortir du terrain un joueur qui vient d’être commotionné jusqu’à la fin du match. Il faut néanmoins reconnaître une prise de conscience de plus en plus importante des organisations sportives, avec la volonté, soutenue par les syndicats des joueurs, de mettre en priorité la santé et la sécurité des athlètes[1].

    Comme la blessure du cerveau n'est pas aussi visible qu’une fracture ouverte, la commotion est souvent négligée par les sportifs eux-mêmes. Sans compter que, dans les sports de contact, il faut se montrer solide face à l’adversaire. Les joueurs vont donc vouloir à tout prix rester sur le terrain pour ne pas montrer à l'équipe adverse qu'ils sont en difficulté.

    C’est alors dans les vestiaires, après match, que l’on peut se rendre compte des dommages que le cerveau du sportif a subis. On m'a raconté l'histoire d'un rugbyman reprendre conscience sur la table de massage et se mettre à pleurer parce qu’il avait oublié les cadeaux de Noël pour ses enfants : on était en octobre ! Il était complètement désorienté dans le temps et l’espace. Il répétait qu’il avait oublié Noël, il était complètement obnubilé.

    Pour poser le diagnostic, on pose cinq questions au joueur (score de Maddocks). Pour tester la mémoire immédiate, on lui demande sur quel stade il se trouve, à quelle mi-temps et quelle est l’équipe qui a marqué les derniers points. Pour tester les souvenirs plus éloignés, on lui demande quelle est l’équipe contre laquelle il a joué le match précédent et si c’est son équipe qui a remporté cette rencontre. Une seule mauvaise réponse traduit une commotion.

    On teste aussi l'équilibre par le test dit du tandem (il faut être capable de rester les pieds alignés l'un devant l'autre, les yeux fermés pendant 20 secondes) : plus de quatre ruptures de la position d'équilibre témoignent d'une probable commotion. Toute autre plainte, comme des maux de tête prolongés ou des troubles de la vue, vient également étayer le diagnostic.


    Dès qu’il y a eu commotion, le fonctionnement intime du cerveau est altéré pendant au moins 48 heures. Pendant cette période de vulnérabilité, si les chocs sont répétés, les effets seront amplifiés. Et les conséquences sont particulièrement aggravées chez les jeunes. On parle ainsi du syndrome de deuxième impact : la pression du cerveau se dérègle, ce qui va jusqu’à causer, dans de très rares cas, une hypertension intracrânienne qui peut conduire à la mort.

    Le repos comme traitement pour éviter le "punch drunk" des boxeurs


    C’est pourquoi, avec un groupe d'experts neurochirurgiens, neurologues et médecins de terrain réunis par les commissions médicales de la fédération et de la ligue nationale de rugby, nous sommes en train de mettre en place des règles strictes de la prise en charge des commotions dans ce sport. Il faut se dire qu’aux États-Unis certains joueurs de football américain commencent à porter plainte contre leur fédération au motif qu’ils auraient subi des commotions cérébrales et n’auraient pas été correctement pris en charge, notamment en étant contraints à un retour trop précoce sur le terrain. Le préjudice subi est susceptible en effet d'engager la responsabilité de l’encadrement de ces sportifs.

    D’où l’importance de ces règles. Nous préconisons ainsi un repos complet pendant cette période de 48 heures. Le port du casque, comme en football américain, n’épargne pas les joueurs contre les commotions. Le casque peut même avoir un effet délétère puisqu’il confère aux sportifs le sentiment d’être protégés et qu’ils risquent donc d’y aller plus fort. Il protège néanmoins la peau, le visage et contribuent évidemment à amortir les impacts.

    Un repos complet de 48 heures signifie aucune activité sportive, mais également aucune activité intellectuelle : pas question de regarder la télévision ni de jouer aux jeux vidéo. Au terme de ce délai de deux jours une consultation spécialisée (par un neurochirurgien ou un neurologue) est essentielle pour déterminer à quel point la commotion cérébrale est importante : si les symptômes persistent et l'examen neurologique révèle des anomalies (en particulier sur des tests neuropsychologiques explorant le fonctionnement de lobe frontal du cerveau), alors le traumatisme crânien est plus sévère et la durée de repos nécessaire sera plus longue. Pour les jeunes de moins de 20 ans, dont certains jouent déjà dans des équipes professionnelles, un arrêt de trois semaines est imposé.

    Car ce n’est tout pas de prendre un coup sur la tête – ce qui nous arrive aussi à nous qui ne sommes pas des sportifs professionnels. Le véritable problème est de pratiquer un sport qui met le joueur dans des conditions de répéter les commotions. À terme, se profile le spectre d’une maladie, l’encéphalopathie chronique post-traumatique.

    Cette maladie était connue dès les années 1920 dans le milieu de la boxe. On l’appelait à l’époque le "punch drunk" – l’idée était que les coups de poing reçus par les boxeurs les rendait fous. Plus de 50 cerveaux d’athlètes, victimes de commotions cérébrales répétées, ont ainsi été examinés jusqu'à ce jour, après leur mort. On y a retrouvé des dépôts de la protéine tau, marqueur de la maladie d’Alzheimer.

    Les syndromes de cette pathologie démarrent plus tôt que la maladie d’Alzheimer, dès 40-50 ans et conduisent à une véritable démence : troubles de la mémoire, désocialisation progressive, propos ultra-religieux, comportements impulsifs, addictifs, pulsionnels menant parfois au suicide. Le syndrome parkinsonien de Mohammed Ali est typique de cette "démence pugilistique", tout comme son hypophonie (le fait de parler très bas) en était un signe évocateur.

    Les liens entre commotions cérébrales répétées et encéphalopathie ne sont pas encore déterminés clairement. Tous les cas d'encéphalopathie chronique post-traumatique avait une histoire de commotions cérébrales répétées, mais tous les athlètes ayant présentés des commotions cérébrales répétées ne feront pas d'encéphalopathie, fort heureusement et loin de là !

    Il y a très probablement d'autres facteurs de risque en cause. Néanmoins, les faits scientifiques s'accumulent, nous imposant la plus grande vigilance. Nous avons donc déterminés que les règles de repos seront modulables également en fonction de la répétition des commotions au fil des saisons sportives, pouvant aller jusqu'à recommander un repos de trois mois, voire un arrêt définitif si les troubles restent importants.

    Progressivement, on a pris conscience que ce phénomène ne touchait pas que la boxe. Malheureusement, les joueurs ne sont pas assez informés. C’est pourquoi, lorsque l’on aura terminé de mettre en place les règles pour les 2000 rugbymen professionnels et de haut niveau, restera à s’occuper des 300.000 du monde amateur. Sans compter le football, avec ses millions de licenciés, le handball, le basketball, le hockey sur glace ou encore le cyclisme, l’équitation…

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    [1] Cette prise de conscience demande des efforts de communication importants, pour lesquels la Fédération française et la Ligue de rugby sont au premier rang, relayés également par le Comité national olympique et sportif français qui vient très récemment d'organiser un colloque sur ce sujet. Retour au texte.

    Propos recueillis par Daphnée Leportois
    nouvelobs.com



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